L'écologie dans le Douaisis, avec et pour vous !Nicolas Froidure

La contagion RN peut être stoppée !

À l’occasion de la manifestation contre une réforme des retraites injuste et inutile, ce jeudi 17 février, j’ai eu l’occasion de discuter avec de nombreuses personnes, élues, notamment, sur l’essor du RN dans le Douaisis.

Deux députés pour le RN 🔗

Après de nombreux rebondissements (ma candidature puis son retrait en faveur du binôme NUPES Grandin/Boulan), le rassemblement national a raflé les deux circonscriptions du Douaisis.

En écrivant ces mots, je me rends compte que je n’en ai même pas parlé ici. Toute la gauche était sous le choc, abattue.

Dimitri Houbron, fût battu par Thibaut François et Alain Bruneel par Matthieu Marchio. Ces deux illustres inconnus sont maintenant sensés représenter le peuple…

Le barrage républicain a sauté 🔗

Certaines personnes m’ont reproché d’avoir voté et appelé à voter pour Dimitri Houbron, cependant, je considère que c’est au contraire tout à mon honneur. Bien entendu, il s’agissait plus de voter contre le RN que pour LReM (ou Renaissance, et plus particulièrement Horizons pour Dimitri Houbron qui s’est retiré de la vie politique suite à cette défaite).

Comme pour les élections présidentielles, ma main n’a pas tremblé, entre le pire et le moins pire, il n’y a aucune hésitation à avoir. Ne pas donner de consigne au prétexte de ne pas infantiliser les gens est au mieux naïf, au pire, une stratégie d’agrément tacite dans le but d’attirer à soi un socle plus large mais dénué de principes.

C’est ainsi que des personnes de la liste Ensemble Faisons Douai ont maintenu la confusion entre le vote RN et le vote LReM à des moments où un barrage républicain était nécessaire. La droite Douaisienne a également pris soin de ne pas trop sortir de son mutisme pour appeler au barrage républicain.

Une analyse plus fine des résultats démontre les effets délétères concrets de ce manque de clarté.

Dans la seizième circonscription, si l’on additionne les scores "républicains" du premier tour, la victoire du RN est improbable :

  • Matthieu Marchio (Rassemblement National) : 35,86% (12 416 voix)

  • Alain Bruneel (PC/NUPES) : 33,59% (11 632 voix)

  • Chantal Rybak (MoDem-Ensemble) : 15,15% (5 245 voix)

  • Mady Dorchies (Les Républicains) : 5,31% (1 838 voix)

  • Tanneguy Adriencense (Reconquête) : 2,86% (990 voix)

  • Delphine Zagacki (Parti Radical de Gauche) : 2,79% (967 voix)

  • Antoine Stathoulias (Parti Animaliste) : 2,78% (962 voix)

  • Éric Pecqueur (Lutte Ouvrière) : 1,67% (577 voix)

Avec un report de voix bien effectué, c’est 61.29% qu’obtiendrait Alain Bruneel… Mais non, au second tour ce sont 2.01% de nuls (+1.44%) et 5.77% de blancs (+4.17%), une participation moindre et un report de voix prévisible de Reconquête vers le RN supplémenté d’une parti des Républicains…

Les mauvaises langues diront que cela est dû à l’appartenance au Parti Communiste du candidat NUPES, mais dans la dix-septième circonscription, ce n’était pas le cas. Pourtant, là aussi, les résultats laissaient supposer le bon fonctionnement du barrage avec 61.48% des voix au moins :

  • Thibaut François (RN): 20,92% (15 408 voix)

  • Dimitri Houbron (Horizons-Ensemble) : 24,13% (7 636 voix)

  • Cyril Grandin (La France Insoumise-NUPES) : 22,91% (7 250 voix)

  • Romain Boulant (Union des démocrates et indépendants) : 5,33% (1 688 voix)

  • Valérie Norreel (Reconquête) : 3,05% (966 voix)

  • Isabelle Maman (Divers inclassable) : 2,66% (841 voix)

  • Marion T’Hooft (Parti Radical de Gauche) : 2,09% (661 voix)

  • Thibault Bruni (Les Patriotes) : 1,85% (586 voix)

  • Cédric Fluckiger (Lutte Ouvrière) : 1,50% (475 voix)

  • Christian Delannoy (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique) : 1,48% (468 voix)

  • Jean-Luc Frydman (Divers Droite) : 1,38% (438 voix)

  • Dominique Garaud (Mouvement de la Ruralité) : 0,69% (219 voix)

Pourtant, de nouveau, 5,82% de votes blancs (+4.05%) et 2,04% de votes nuls (+1.46%), un report des voix de Reconquête, d’une partie de la droite donnent la victoire au RN malgré une plus forte participation…

Celles et ceux qui ont privilégié leur carrière à une consigne claire et à un refus ferme, de principe, du vote RN portent une lourde responsabilité.

La contagion est en marche 🔗

Malheureusement, on le sait, le RN infuse lentement mais sûrement, par porosité. Ce n’est pas tant de la conquête électorale ou idéologique que de la contagion (ne parle-t-on pas de peste brune ?).

Plus que conquises, des populations entières, oubliées de la République, sont prêtes à être cueillies. Mais nous aurions tort de considérer que le vote RN est un vote de désespoir uniquement, c’est aussi, un vote d’enfermement.

Durant la campagne présidentielle, j’ai tracté pour Yannick Jadot à Brunémont, un village que je connais bien. J’y étais également passé lors de la seconde étape de mon Tour du Douaisis. Dans ce dernier, 70,98% des voix se sont exprimées pour le RN. À l’exclusion des trois rues historiques de ce tout petit village, on y trouve pourtant des résidences proprettes. En y flânant, on peut se demander ce qui peut bien motiver des personnes vivant dans un cadre si agréable à voter pour le RN.

Certes, quand on gratte un peu la surface, on y trouve de véritables situations difficiles. Notamment des personnes vivant en permanence dans un habitat léger de loisirs, parfois par choix, mais souvent par nécessité.

Cependant, cette situation n’est pas nouvelle, déjà présente dans ce village que j’ai pu traverser à vélo dans mon enfance régulièrement. La peur de l’étranger était déjà présente, latente, comme dans toute la société française. Peut-être moins assumée ou plus contrée par le collectif.

C’est certainement dans le délitement du collectif que l’origine de ce repli doit être recherché. En fait, ce qui a changé en quelques décennies, ce sont ces nouvelles résidences qui proposent un mode de vie individualiste : je vis dans ma maison avec mon jardin clôturé (pour ne pas dire obturé par des cloisons opaques) le contact avec l’autre se raréfie. Et quand il a lieu, c’est avec un autre qui me ressemble car la mixité n’est plus de mise, même dans un petit village, des ghettos se sont créés.

L’autre est alors fantasmé au travers des images que l’on propose sur les médias de masse. Et il faut dire que ces médias ne font pas dans la dentelle. Les raccourcis nauséabonds sur la pauvreté, la religion ou la migration y sont quotidiens.

Le sensationnalisme et l’exagération médiatique, la propension au fantasme et à la xénophobie de certain·es mènent à des imaginaires parallèles ressentis comme des réalités et amenant à une défiance vis à vis de l’autre.

Quand l’unique fenêtre sur le monde devient le petit écran, c’est le début des ennuis.

La rencontre est le seul remède 🔗

Depuis le début de mon engagement politique la rencontre est le moteur principal de mon action. Comme je le répète souvent, pour savoir si l’on est pas d’accord, le préalable est d’avoir pu se parler.

Or, c’est devenu rare de se parler dans une société où l’autre est vécu comme une agression et où l’on peut, si facilement, se réfugier dans un univers numérique de gratification immédiate, de falsification de la réalité au service de l’ego.

Pourtant, je ne me suis jamais senti aussi vivant que depuis que je mets un point d’honneur à aller vers l’autre. Plus il est différent, plus il peut m’enrichir.

Certes, ce n’est pas dénué de mauvaises surprises et j’ai conscience qu’avec ma carrure dissuasive, j’ai peut-être moins de mauvaises expériences que la moyenne. Mais cela vaut le coup d’aller vers l’autre.

C’est pourquoi toute politique de gauche devrait favoriser les rencontres physiques réelles dans un cadre sécurisant afin qu’aller vers l’autre soit un vécu enthousiasmant.

Une politique de gauche devrait aussi fournir à toutes et tous les rudiments pour faire parti et prendre part à un collectif (et non une communauté !).

Apprendre à identifier les réels désaccords, à se mettre d’accord quand c’est possible, à vivre les désaccords irréconciliables de façon sereine et, malgré tout, constructive.

Au niveau local les élu·es peuvent agir 🔗

Les élu·es doivent sortir de la posture d’impuissance qui les caractérise souvent. Non, ce n’est pas qu’au niveau national que se joue la lutte contre les extrêmes, bien au contraire.

Je n’ai jamais autant rencontré le champ lexical de l’impuissance qu’en écoutant certain·es élu·es. Je ne peux accepter ce fatalisme.

Les élu·es doivent mettre en œuvre des politiques qui éveillent et non endorment les gens. Pour ce faire, d’abord, sortir du clientélisme, de la torpeur et surtout, du relativisme. Les discours doivent être clairs et sans équivoque.

Ensuite, favoriser la rencontre, la mixité. Trop de communes refusent encore le logement social, trop de programmes de construction et/ou de rénovation excluent systématiquement toute mixité.

L’aménagement urbain doit redonner sa place à l’échange spontané, aux rencontres fortuites. On ne peut pas tolérer des bancs conçus pour ne pas rester assis trop longtemps. On ne peut pas accepter que l’automobile, véritable bulle hermétique au monde, soit le moyen de transport privilégié par les politiques publiques.

Du point de vue de la rencontre et de la mixité, les transports en commun sont sans commune mesure avec cette dernière. Les rues piétonnes, les spectacles de rues, la gratuité : autant d’idées pour provoquer la rencontre.

Autre phénomène : la résidentialisation. Elle doit être combattue. Réserver à chacun·e sa case n’apporte qu’une paix de façade. Donnons plutôt à chacun·e sa place dans la collectivité.

Quelques mesures simples peuvent faire renaître les communs et l’idée du collectif :

  • du mobilier urbain confortable, convivial et inclusif (des bancs avec dossier, des tables de jeu, des rues piétonnes, des aires de jeu qui créent du lien aussi pour les parents, des tiers-lieux…),

  • des règles collaboratives (pour les boîtes à livre, pour la démocratie participative, pour l’affichage de la commune, pour les débats politiques…),

  • la proximité des élu·es et la transparence des politiques publiques (permanences publiques, systèmes de tickets ouverts et participatifs, files d’attente transparentes pour le logement social, votation citoyenne…),

  • sortir les gens des réseaux sociaux, leur suggérer d’éteindre la télévision (et non pas les appeler à s’y rendre pour suivre leur commune…).

Bref, on ne luttera pas contre le RN derrière une ligne Maginot mais en menant une offensive républicaine et sociale. N’hésitez pas à m’envoyer un courriel si vous souhaitez entrer en action.

Publié le dimanche 26 février 2023 à 09:46:42.