L’écologie dans le Douaisis, avec et pour vous !Nicolas Froidure

Taxer les riches et arrêter de flamber : pour un État stratège et des communs forts

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous avez déjà pu lire que je suis favorable à la redistribution et je pense que les impôts sont effectivement utiles, tout comme leur progressivité. C’est le premier constat : taxer les plus riches est logique, je dirais même salutaire, pour qu’une société fonctionne de façon digne.

Mais doit-on, pour autant, considérer l’argent public comme de l’argent magique (pour paraphraser notre futur ex Président de la République) ? La réponse est évidemment non. Or, malheureusement, aujourd’hui, ce dernier est souvent bien mal dépensé.

Une politique de gauche doit donc marcher sur deux jambes et embrasser ces deux aspects.

🔗Argent public, comptes publics

L’un des tous premiers chantiers concerne les comptes publics. En effet, il est tout à fait inadmissible que les dépenses réalisées par les administrations en notre nom soient opaques.

À l’exclusion de quelques domaines (comme la défense), il n’y a pas de raison valable pour que la comptabilité de l’État, des collectivités et structures publiques ne soit pas publique.

Si l’on prend une commune comme la ville de Douai, à ce jour, les documents disponibles sont les comptes administratifs et un rapport de la Cour des Comptes Régionale.

C’est clairement insuffisant. Un·e citoyen·ne devrait pouvoir obtenir le détail des comptes de sa commune sans avoir à faire de demande particulière. Un objectif à terme serait la publication de l’ensemble des livres comptables en temps réel ainsi que de tableaux de bord financiers analytiques et prévisionnels.

Aujourd’hui, on peut même parfois douter de l’existence de tels tableaux de bord ou d’indicateurs clés, encore moins en temps réel. Cette transparence permettrait de prouver qu’ils existent et surtout, de permettre à toute personne, entreprise, de voir comment chaque denier public est dépensé, ce qui me semble être un dû démocratique.

On opposera certainement le "secret des affaires", un terme que j’abhorre au plus haut point. Que les comptes d’un individu soient privés, certes, que ceux d’une organisation le soient, c’est déjà discutable (sachant que bon nombre d’entreprises se soustraient à leur obligation de publication des comptes annuels), mais quand il s’agit d’argent public, les entreprises ne peuvent exiger que le montant de leur facturation à des organismes publics restent secret.

À vrai dire, il me semble souhaitable que les factures et contrats soient également publiées en annexe des comptes. On y apprend bien des choses.

À l’exception de quelques secteurs qui devraient être l’exception (défense, diplomatie ?), la transparence devrait être dans tous les programmes pour 2027.

🔗Argent public, décision collective

Il n’y a pas de financement plus participatif que l’impôt. Tout le monde paie des impôts, même les plus pauvres d’entre nous, via la TVA, sont concerné-es.

La régressivité du système fiscal français. Source : Libération du 21 janvier 2011

Dès lors, il n’y a pas de raison pour que les décisions soient prises de manière verticales et non au plus proche des usagèr·es du service public.

Par exemple, il me semble complètement anachronique que les investissements réalisés par les établissements scolaires ou encore les hôpitaux ne soient pas soumis à délibération collective de la même façon que cela est pratiqué dans les assemblées générales des sociétés collaboratives d’intérêt collectif comme Enercoop ou Telecoop. À titre d’exemple, voir ma proposition pour le soutien au commerce des communes.

Mais cela va plus loin, les sociétés privées détenues en majorité par l’État comme la SNCF ou EDF, devraient êtres des coopératives d’intérêt collectif co-gérées par l’État, les collectivités, les entreprises, les usager·es et le citoyen·es. Ne serait-ce que pour préserver les intérêts des citoyen·nes face à des directions qui sont bien souvent issues de microcosmes auto-reproduits dont l’intérêt n’est absolument pas soluble dans celui de la collectivité.

Un grand nombre de décisions sont prises en dehors de tout cadre démocratique en notre nom. C’est une véritable aberration démocratique. Loin de s’en préoccuper, les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, n’ont eu de cesse de transférer la décision aux acteurs privés au travers de la nationalisation de nombreuses entreprises nationales (Aéroports de Paris, les sociétés d’autoroutes, France Télécom…).

Cette cogestion par les usager·es et les citoyen·nes ne doit pas être vue comme un affaiblissement de la puissance publique, mais comme son redéploiement à travers la logique des communs.

🔗Le pouvoir des communs

Dans un grand nombre de domaines, l’État et les collectivités délèguent aux sociétés privées des décisions importante qui peuvent paraitre techniques, mais où les choix réalisés ont des impacts politiques majeurs.

Un exemple frappant est le logiciel. Confiés à des sociétés privées, les systèmes informatiques sont conçus de façon propriétaire et fermée, quand au contraire, lorsqu’ils sont conçus collectivement, les logiciels libres deviennent la norme. Bien-sûr, cela demande à l’État d’abandonner sa gestion verticale pour prendre une posture coopérative où la gouvernance ne lui est pas entièrement inféodée. Mais les économies réalisées sur les coûts de licence et de l’obsolescence programmée sont réelles et les bienfaits s’étendent aussi sur le plan environnemental.

Mais il ne faut pas retomber dans le piège d’une décentralisation anarchique comme celle que l’on observe via la délégation au secteur privé. Un État qui favoriserait l’économie collaborative, sur des chantiers où l’économie de marché est un non-sens : ferroviaire, télécoms, acheminement de l’électricité, applications militaires / sécurité, doit gérer la cohérence et l’égalité d’accès au niveau national et conserver la maitrise d’œuvre intégrale de ses infrastructures vitales.

Il existe des structures toutes prêtes pour ce faire, comme le corps des ingénieur·es d’État. Un réseau de télécommunications conçu au niveau national serait plus résilient, redondant et permettrait des économies d’échelle qui se répercuteraient sur les consommateur·ices et permettrait une plus grande robustesse du réseau (non vulnérable aux coupures d’électricité, n’utilisant pas du matériel chinois aux micrologiciels fermés…).

Pour autant, l’uniformité des droits ne doit pas se traduire par une rigidité bureaucratique uniforme dans l’application. La prise en compte du contexte collectif local est une garantie de pertinence. En confiant l’exécution à des réseaux de coopératives s’organisant en fédérations, par le principe de subsidiarité, elles harmonisent leurs actions et centralisent ce qui doit l’être, tandis que le terrain adapte l’exécution au contexte hyper local.

Cette logique de mise en commun peut aussi transcender la solidarité nationale afin qu’elle s’exprime le plus possible en nature afin de structurer une industrie d’État ou des coopératives d’intérêt collectif stratégique. Par exemple, une prime de rentrée / de naissance n’a pas la même valeur selon le coût de la vie local, mais en fournissant un trousseau de naissance / de rentrée, l’égalité de service est réelle tout en rendant possible le fait de maintenir sur notre sol une industrie textile / papetière minimale pour ne pas manquer de masque en cas de pandémie, par exemple. En mutualisant ce socle minimal, il y a fort à parier que la solidarité nationale serait de surcroît plus efficace car débarrassée des coûts publicitaires et de la rémunération des actionnaires.

La sécurité sociale alimentaire va dans le même sens. Fournir un socle alimentaire minimal et de qualité permet à l’État d’assurer des réserves stratégiques maitrisées mais également de porter une politique agricole ambitieuse : agriculture biologique, revenu digne pour les paysan·nes, protection des champs captants pour une eau potable préservée…

Bref, en articulant un État fort sur les infrastructures et stratège, et des communs autogérés par le principe de subsidiarité, on obtient une efficacité et une résilience incomparables, tout en offrant le socle matériel d’une vie digne pour tou·tes.

🔗Supprimer le poids de la dette

En s’endettant pour assurer son fonctionnement, l’État, les collectivités locales et les services publics se sont enferrés dans des créances générant des versements d’intérêts croissants. Autant la dette s’entend pour les investissements ou temporairement en situation de crise, autant, il est inacceptable d’en faire une clé de voûte du système.

Pour une raison simple : sur la durée, ça ne tient pas.

Une fiscalité plus juste couplée à un usage plus rationnel des deniers publics devraient permettre à terme de sortir de la spirale de la dette et, une fois sortie de ce marasme, la République Française devra entériner de manière définitive dans sa constitution un principe définitif qui empêchera tout nouveau débordement.

Je pense que cette trajectoire est souhaitable et réalisable. Il me semble difficile d’obtenir des politiques une bonne gestion financière sans la transparence et l’autogestion qui permettront un contrôle citoyen rigoureux. Mais avec ces principes simples mis en œuvre, je parie volontiers sur un rétablissement prompt des finances publiques.

Quand je vois le gâchis et les abus au niveau local, je me dis que systématiquement mis en œuvre au niveau national, ces principes mèneraient à une efficacité publique serait incomparable et permettraient de consacrer les moyens aux véritables besoins de la population.

Publié le dimanche 20 septembre 2026 à 16:30:00.

Retour