L’écologie dans le Douaisis, avec et pour vous !Nicolas Froidure

Manifestations lycéennes à Douai : récit et perspectives

Batman face au lycée ChâteletAu lendemain de la grande manifestation lycéenne du 6 octobre à Douai, nous pouvons tout d’abord féliciter les lycéen·nes pour leur remarquable mobilisation. Contrairement aux différentes déclarations du Rassemblement National local par l’entremise de Thierry Tesson ou de la section Les Républicains du Douaisis via un communiqué, la jeunesse du Douaisis a su témoigner d’une organisation remarquable pour des primo-manifestant·es il y a encore quelques jours.

Au cœur des revendications, un manque chronique de moyens alloués à leur éducation : bâtiments dégradés, manque de consommables, de ressources humaines, agendas surchargés… autant de réalités vécues qui n’ont reçu qu’une réponse autoritaire.

🔗Une répression aveugle

Pourtant, nous pouvons dire que cela avait mal commencé. Du fait de quelques troubles mineurs, nous avons assisté à une réaction complètement disproportionnée et sans distinction parmi les manifestant·es des forces de l’ordre.

En effet, dès jeudi matin, en tant que parent, j’étais devant le lycée Châtelet en témoin passif de la mobilisation accompagné d’un petit nombre de militant·es du Douaisis. Face à l’attroupement des lycéen·nes devant la grille du lycée Châtelet, les policier·es ont utilisé la force pour dégager ces derniers. Certain·es lycéen·nes et militant·es n’ayant pas simplement été poussé·es, mais aussi percuté·es par les forces de l’ordre.

Cela donnait le ton de la suite de la manifestation où des jets de gaz lacrymogène ont eu lieu, notablement en bordure de l’école maternelle George Sand, ayant des répercussions sur l’établissement.

Le lendemain, j’ai même été sidéré de retrouver le mégaphone, qui avait été prêté aux lycéen·nes et confisqué par les forces de l’ordre la veille, entre les mains du commissaire de Police pour sonner la charge (voir cette vidéo).

J’étais loin de me douter que Douai n’était pas un cas isolé, mais qu’en réalité, partout en France, la répression avait été féroce, avec des conséquences dramatiques à certains endroits :

  • Eden, un lycéen, a eu la mâchoire brisée par un tir de LBD à bout portant à Saint-Ouen-l’Aumône (Val d’Oise),

  • Evan, 15 ans, élève de seconde au lycée Behal à Lens a eu la main arrachée par une grenade de désencerclement,

  • à Tours, Maël, 16 ans, a perdu l’usage de son œil, suite à un tir de LBD.

Des réactions disproportionnées au regard des faibles troubles causés par les lycéen·nes. Des violences dont je n’ai pas mémoire quand j’étais lycéen à Corot lors des manifestations de 1998 pour exactement les mêmes revendications. J’étais, quelques années plus tard, au lycée Edmond Labbé (aujourd’hui Élisa Lemonnier) également lors des manifestations suite à l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002. Je n’ai pas souvenir d’un tel niveau de manque de discernement et de professionnalisme de la part des forces de l’ordre.

🔗Un traitement médiatique étonnant

Suite aux premières manifestations, notamment à Douai, les lycées les plus engagés ont été fermés (les lycées Élisa Lemonnier et Arthur Rimbaud) ce qui a mécaniquement fait faiblir la mobilisation. La plupart des médias ont évoqué une baisse de mobilisation le vendredi 2 octobre sans faire mention de ces fermetures. Au journal de 13h de France 3 Nord-Pas-de-Calais, des images des violences à Lyon, comme s’il fallait en montrer absolument, même s’il n’y en avait pas eu ici.

Pas ou peu d’informations sur les violences policières avant le drame survenu à Lens. Il aura fallu qu’un jeune perde sa main pour que les déclarations de Laurent Nunez, ministre de l’intérieur, n’appelant à « aucune retenue », ne soient évaluées de manière critique dans la sphère médiatique.

Lors de la manifestation du 6 octobre, les mêmes dégradations ont été observées : quelques poubelles incendiées, quelques jets de fumigènes. La Police n’a pas gazé comme les jours précédents, pour les mêmes faits, démontrant qu’il n’est pas nécessaire d’employer des méthodes musclées pour cantonner les débordements.

🔗Réactions politiques : 50 nuances de déception

La région, qui avant le début du mouvement, avait pour projet d’amoindrir, comme chaque année ou presque, la dotation globale de fonctionnement des lycées (88.3 millions d’euros, soit 200 000€ de moins que l’année précédente), l’a finalement quelque peu augmentée. Cela n’a pas empêché Laurent Rigaud, vice-président à la région en charge des lycées, de mettre en cause les lycéen·nes dans la Voix du Nord le 3 octobre pour les dégradations qu’iels provoquent aussi bien pendant la manifestation qu’au long cours.

Au niveau de l’état, le ministre de l’éducation, Edouard Geffray, évoque une hausse de 1,2 milliard alors que le budget est serré actuellement. Il omet, bien sûr, de citer la suppression de 1 600 postes de titulaires, dans le même temps.

Le hic ? Ces hausses ne compensent pas l’inflation actuelle. C’est donc de l’esbroufe dont les lycéen·nes ne sont pas dupes.

Frédéric Chéreau posant devant le lycée Albert ChâteletÀ Douai, le maire Frédéric Chéreau est venu à la rencontre des élèves devant le lycée Châtelet. Mais sa venue a donné lieu à une impression de décalage gênante qui s’est confirmée lorsqu’il a reçu une partie d’entre elleux en mairie : proposer, selon la Voix du Nord, d’encadrer la parole lycéenne « dans un cadre plus apaisé » pour déboucher sur une simple lettre au ministère s’apparente à une neutralisation politique de la mobilisation. Préférer voir des jeunes « assis en mairie plutôt que dans la rue », c’est ignorer la nature même d’un mouvement social.

On peut d’ailleurs déplorer l’ambivalence du maire, qui a fait le choix d’intégrer à sa majorité municipale une conseillère régionale UDI votant, sans sourciller, les budgets de la région (car elle appartient à la majorité de Xavier Bertrand).

Le lendemain, le Premier Ministre a sorti de son chapeau, une initiative similaire proposant des demi-journées « banalisées », sans cours, pour permettre aux élèves de remonter leurs difficultés. Pour reprendre la formule consacrée de Coluche, après le « ferme ta gueule », la réponse politique, localement, comme nationalement, c’est « cause toujours ».

🔗Traduction politique

Ce matin, les lycéen·nes étaient encore mobilisé·es. Il leur revient de décider des suites et des revendications qui doivent advenir suite à leur mobilisation massive. Avec les militant·es écologistes du Douaisis, nous avons été dans une posture de soutien et de support uniquement, et nous le resterons.

De notre côté, il nous appartient de traduire politiquement ces évènements en mesures concrètes à porter dans le débat public, en les intégrant à nos programmes à quelques mois d’une échéance démocratique capitale.

À mon sens, un bon point de départ serait :

  • en conclusion des violences observées, nous devons exiger d’une seule voix, la démission du ministre de l’intérieur et l’abandon définitif des LBD et grenades de désencerclement (et pas uniquement leur suspension, ni uniquement concernant les jeunes), afin d’aligner notre doctrine de maintien de l’ordre sur les autres pays d’Europe qui n’en font pas usage,

  • face au besoin de peser des lycéen·nes, il faut donner une voix aux jeunes de ce pays dont l’avenir est plus que jamais incertain (avec l’avènement de l’intelligence artificielle, le réchauffement climatique et le contexte géopolitique). Iels n’ont pas besoin de concertation visant uniquement à gagner du temps, mais d’un vrai pouvoir de décision en votant dès 16 ans. C’est une revendication écologiste de longue date qui doit s’imposer comme un sujet central de la prochaine élection présidentielle,

  • et, pour corriger les inégalités de traitement entre les lycées, en fonction des régions ou de leur territoire, il devient urgent de penser un mécanisme de mesure et de péréquation de ces inégalités afin que l’accès à l’éducation soit garanti de manière uniforme sur notre territoire.

Le combat écologique, c’est avant tout, donner une voix et un avenir aux générations futures, les lycéen·nes en font partie, iels ont tout mon soutien.

Publié le jeudi 8 octobre 2026 à 13:30:00.

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